Selon le rapport de L’INSEE sur les « besoins et l’offre de formation aux métiers du numérique » , ce rapport a été réalisé à la demande du ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Quel est le constat des besoins en formation aux métiers du numériques ?

La digitalisation de l’économie, qui nous a fait entrer dans l’ère du numérique, est la dernière étape d’une transformation économique et sociale engagée depuis plusieurs décennies, du premier concept de machine programmable d’Alan Turing en 1936 à l’usage généralisé d’internet et des dispositifs mobiles que nous connaissons.

Au classique effet d’automatisation visant à une augmentation de la productivité des facteurs de production, s’ajoutent l’effet de la dématérialisation qui substitue aux réseaux physiques d’agences et de guichets l’usage d’internet et l’effet de désintermédiation qui bouleverse les modèles d’affaire traditionnels comme l’illustrent les nouveaux acteurs de l’économie collaborative Airbnb, Blablacar ou encore Uber.

Les impacts de cette numérisation de l’activité concernent tous les secteurs d’activité, qu’il s’agisse des services , de l’industrie , du bâtiment , des villes , des loisirs , de l’activité culturelle ou de la santé pour ne citer qu’eux.

Des métiers nouveaux et profondément transformés par le numérique

Les progrès techniques en codage et compression de l’information, sous quelque forme qu’elle se présente , ont conduit à l’émergence de nouveaux outils de traitement de ces informations qui ont bouleversé profondément les conditions d’exercice de certaines professions.

Ce que l’on peut dire en tout les cas c’est que quelque soit sa fonction au sein des entreprises et des organisations l’impact est global selon le rapport de l’INSEE:

Du ou de la commercial.e qui utilise son outil informatique de gestion de la relation client , au gestionnaire de ressources humaines qui se tourne vers les réseaux sociaux pour détecter de nouveaux talents, en passant par la ou le cadre qui passe une grande partie de son temps sur sa messagerie et son tableur, jusqu’à l’artisan qui se dote d’un site web pour accroître sa visibilité, la transformation numérique représente pour ces métiers une nécessité voire un atout.

Pénurie massive en 2020 ?

Comme le rappelle la lettre de mission, la Commission européenne a estimé la pénurie de compétences dans le numérique en Europe à quelques 900 000 emplois vacants à l’horizon 2020.

Cette vacance concernerait tout particulièrement les postes de manager pour lesquels le taux serait de l’ordre de 30 % (taux européen, le taux français n’étant pas précisé mais vraisemblablement élevé compte tenu du déficit déjà estimé en 2012), moindre pour le niveau ingénieur et quasi nul voire négatif au niveau technicien, les opérateurs, eux, n’étant pas compris dans l’étude. On précisera que la vacance est calculée dans un cadre de production annuelle stable de e-skills diplômés (licenciés et au-delà) estimée à environ 20 000 par an pour la France, les éléments d’appréciation en terme de mobilité et de formation continue n’étant pas précisément quantifiés.

Difficultés de recrutement ?

En résumé selon le rapport :

On soulignera, toutefois, que le taux de vacance observé pour les ingénieurs informatiques n’est pas hors norme par rapport aux autres postes en tension et surtout qu’il est globalement stable entre 2012 et 2014. On précisera que cette augmentation des besoins concerne les développeurs et les spécialistes, compte tenu des besoins de plus en plus spécifiques des entreprises. Multiposting, en charge de la réalisation du baromètre Cap Digital, ont confirmé cet enjeu.

Enfin, l’entretien conduit avec le pôle de compétitivité Images et réseaux a confirmé les difficultés que rencontrent les PME pour recruter des ingénieurs, les jeunes diplômés se dirigeant préférentiellement vers les grandes entreprises.

Cette faiblesse du nombre de candidatures participe aux difficultés de recrutement exprimées par les entreprises qui estiment ne pas être en mesure de combler certains postes. D’une part, les développeurs constituent une famille de métier diversifiée , spécialisée et en rapide renouvellement . Enfin, il faut noter les spécificités propres aux ESN lesquelles n’inscrivent pas leurs recrutements dans une politique de ressources humaines mais dans le plan de développement commercial, en fonction du client et de ses outils informatiques, selon des modalités à très court terme et en privilégiant des informaticiens à la fois jeunes, expérimentés et comparativement moins coûteux que des séniors.

Première conclusion :

L’ensemble des études et indicateurs confirme la croissance des besoins dans les métiers informatiques et numériques, et ce dans des domaines professionnels de plus en plus élargis et avec des enjeux de recrutement sur des profils de plus en plus qualifiés. Pour autant, l’étude européenne E-skills se distingue par l’ampleur des besoins ainsi anticipés. La perspective à moyen terme d’une pénurie de compétence pour environ 10 % des emplois est à la mesure d’une mutation numérique perçue comme majeure.
Au-delà des enjeux de nomenclature et de décompte induit des emplois, l’estimation des besoins est fonction du regard porté sur ce que certains considèrent comme une nouvelle révolution industrielle là où d’autres identifient des changements d’ordre essentiellement technologiques ou circonscrits à
certains secteurs

Des besoins sur des compétences transversales pour les métiers du numérique

Le rapport souligne :

La transformation de la société et des organisations induite par le numérique nécessite que les individus développent des compétences transversales que l’on peut distinguer en trois domaines pour reprendre les catégories énoncées dans une publication de l’OCDE35 :
des compétences d’apprentissage par une sélection et un traitement efficace de l’information disponible (« apprendre à apprendre ») ;
– des compétences d’innovation et de création ;
– des compétences de collaboration.

Et les managers du digital ?

Toujours selon le rapport de l’INSEE :

Les managers doivent être pro-actifs dans la transformation numérique des organisations, d’où le développement du concept de e-leadership.
Selon l’observatoire Pasc@line, l’e-leadership se définit par les « capacités techniques méthodologiques et humaines nécessaires pour exploiter les opportunités liées à internet et aux technologies de l’information, dans un contexte de pilotage d’équipes multiculturelles et mondialisées :
– en optimisant l’efficacité des organisations et des processus ;
– en explorant les nouvelles possibilités de chaîne de valeur ;
– en identifiant de nouveaux business ».

L’offre de formation dans l’enseignement supérieur par rapport au besoin des entreprise et du marché ?

Selon l’étude de l’INSEE:

11 000 diplômés supplémentaires par an constitueraient une augmentation très significative des flux actuels, a fortiori s’il devait s’agir de titulaires de masters et du titre d’ingénieurs. Pour donner à voir
l’ampleur du changement nécessaire et quelques ordres de grandeur, il s’agirait :
soit de doubler les diplômés de niveau master et ingénieur des secteurs informatique et information-communication ;
soit de transformer des formations aujourd’hui hors des secteurs informatique et information-communication de manière à y intégrer des compétences numériques reconnues sur le marché du travail pour quelques 8 % des diplômés de l’enseignement supérieur au niveau master et doctorat (universités, écoles de commerce, écoles d’ingénieurs) ;
soit encore de développer des diplômes à double compétence, conférant une compétence complémentaire en informatique ou numérique.